Nvidia et Meta : bien plus qu’un deal GPU, un réalignement complet du compute
Nvidia et Meta viennent d’officialiser un partenariat « multiyear, multigenerational » qui va bien au-delà d’une simple commande de puces. C’est un accord d’architecture complète — CPU, GPU, réseau et software — qui redessine la carte de l’infrastructure IA mondiale.
Concrètement, Meta va déployer des millions de GPU Blackwell et Rubin, les CPU Arm Grace en déploiement standalone (une première mondiale à cette échelle), le réseau Spectrum-X Ethernet, et prépare déjà l’intégration des futurs CPU Vera pour 2027. Le tout optimisé pour ses systèmes de recommandation qui servent des milliards d’utilisateurs quotidiennement.
L’élément le plus sous-estimé : Meta adopte le Confidential Computing de Nvidia pour le traitement privé de WhatsApp, ouvrant la voie à des capacités IA sur la plateforme de messagerie tout en protégeant les données utilisateurs. Mark Zuckerberg vise explicitement la « superintelligence personnelle pour tout le monde » via la plateforme Vera Rubin.
C’est un coup très dur pour Intel et AMD : Meta met en production la première architecture « Grace-only » à base de CPU Arm Nvidia, conçue pour maximiser le ratio performance/watt. Nvidia n’est plus seulement le roi du GPU, mais un fournisseur de plateformes complètes visant directement le terrain historique de ses rivaux.
Nvidia n’est plus seulement le roi du GPU, mais un fournisseur de plateformes complètes (CPU + GPU + réseau + software). Meta verrouille son pipeline IA sur plusieurs générations de puces : une visibilité rare… et une dépendance accrue à Jensen Huang.
BCE : Lagarde vers un départ anticipé — risque de « no man’s land » monétaire
Selon le Financial Times, confirmé par Bloomberg et Reuters, Christine Lagarde quitterait la présidence de la BCE avant la fin de son mandat non-renouvelable qui court jusqu’au 31 octobre 2027. L’objectif : permettre à Macron et au chancelier allemand Friedrich Merz de choisir ensemble son successeur avant la présidentielle française d’avril 2027.
Le timing n’est pas anodin. La semaine dernière, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a déjà annoncé qu’il quitterait ses fonctions en juin 2026, plus d’un an avant la fin de son mandat, dans la même logique politique : empêcher l’extrême droite, favorite dans les sondages, de nommer les postes-clés de la politique monétaire européenne.
La BCE n’a jamais vécu un changement de capitaine avec une inflation sortant tout juste d’un choc historique, un bilan encore surdimensionné et des divergences nord/sud vives sur la trajectoire des taux. ABN Amro anticipe déjà une pause prolongée de la BCE alors que l’inflation de la zone euro passe sous la cible.
La vraie question n’est pas seulement qui succéderait à Lagarde, mais combien de temps l’euro peut encore naviguer sans boussole claire de long terme. Un profil plus « faucon » = prime de risque accrue sur les actifs européens. Un « colombe » = soutien aux valorisations, mais risque inflationniste.
Claude Sonnet 4.6 : la « déflation logicielle » frappe Wall Street
Anthropic frappe pour la deuxième fois en deux semaines. Après le lancement de Claude Opus 4.6 le 5 février — qui a trouvé 500 vulnérabilités zero-day dans du code open-source et déclenché une purge de près de 1 000 milliards de dollars sur les valeurs logicielles — c’est au tour de Claude Sonnet 4.6 de secouer le marché.
Ce nouveau modèle devient le défaut pour tous les utilisateurs gratuits et Pro. Sa capacité à piloter un ordinateur de manière quasi-autonome (72,5% sur OSWorld contre 14,9% pour le modèle précédent), coder, remplir des formulaires, analyser des données financières et coordonner des équipes d’agents IA, pose une question existentielle au secteur SaaS.
L’ETF iShares Expanded Tech-Software (IGV) a plongé de plus de 20% depuis le début de l’année. Salesforce, Oracle, Intuit, Adobe — tous ont décroché. Thomson Reuters a perdu 16% en une seule séance. Gartner tempère toutefois : les prédictions de mort du SaaS sont « prématurées ». Les agents IA perturbent au niveau des tâches, mais ne remplacent pas les applications critiques. La nuance est importante — mais le message du marché est clair : les multiples de valorisation du SaaS doivent intégrer le risque de compression.
Claude 4.6 ne menace pas seulement quelques emplois, il menace tout un modèle économique : celui de facturer cher ce qu’un agent généraliste peut exécuter en quelques minutes. Le « SaaSapocalypse » est peut-être prématuré, mais la re-tarification du risque est bien réelle.
Apple : trois wearables IA pour l’ère de la « vision basse définition »
Selon Bloomberg (Mark Gurman), Apple accélère le développement de trois nouveaux dispositifs portables articulés autour de l’IA : des lunettes intelligentes (code N50), un pendentif connecté, et des AirPods équipés de caméras. Les trois seront connectés à l’iPhone et donneront à Siri un « contexte visuel » en temps réel.
Les lunettes Apple, dont la production pourrait démarrer dès décembre 2026 pour un lancement en 2027, intégreront un double système de caméras : une haute résolution pour la photo/vidéo, et une seconde dédiée à la vision par ordinateur. Pas d’écran intégré dans cette première version — Apple mise sur des matériaux premium et un design haut de gamme.
Le pendentif IA — surnommé en interne les « yeux et oreilles du téléphone » — est un pari plus risqué. Rappelant le Humane AI Pin (un échec commercial), la version Apple serait un accessoire iPhone plutôt qu’un produit autonome. Les caméras basse résolution n’ont pas vocation à filmer en 4K, mais à offrir un flux continu de contexte à Siri. Tim Cook a déclaré lors d’un all-hands en février être « extrêmement enthousiaste » sur ces nouvelles catégories.
Apple ne veut pas filmer ta vie en 4K, il veut la comprendre en basse définition, en continu. C’est largement suffisant pour que l’IA anticipe tes besoins. L’enjeu stratégique : l’assistant qui comprend le mieux ton environnement physique devient celui qui contrôle la relation client.
Microsoft : 50 Md$ pour le « Global South » — le soft power numérique en action
Lors de l’India AI Impact Summit à New Delhi, Brad Smith (Vice-Président de Microsoft) a annoncé que le groupe est « en bonne voie » pour investir 50 milliards de dollars d’ici 2030 afin d’étendre l’IA aux pays du Global South. L’annonce s’appuie sur un programme en cinq piliers : infrastructure, formation, IA multilingue, innovations locales et mesure de la diffusion.
Pour Microsoft, c’est un triple levier : capter la croissance démographique, diversifier la localisation des data centers dans un contexte géopolitique tendu, et s’assurer que les standards adoptés par ces pays restent compatibles avec Azure/Office/AI. Le rapport AI Diffusion de Microsoft montre que l’adoption de l’IA dans le Global North reste deux fois supérieure à celle du Global South — un écart qui continue de se creuser.
En misant lourd sur l’Inde et le Sud global, Microsoft ne vend pas seulement du cloud — il installe son système d’exploitation géopolitique pour l’ère de l’IA. Pendant que les États-Unis et la Chine s’affrontent sur les semi-conducteurs, les hyperscalers étendent leur influence directe via l’infrastructure.
Les minutes du FOMC (réunion du 27-28 janvier) seront publiées ce soir. Le vote avait été de 10 contre 2 pour maintenir les taux à 3,50%-3,75%. Le CME FedWatch indique une probabilité de 90% de maintien en mars. L’enjeu : mesurer le niveau réel de division interne et savoir si la Fed est confortable avec la ré-accélération de l’investissement IA sans craindre un retour de l’inflation. Entre une Fed encore prudente et des Big Tech en mode « full capex IA », le marché joue à l’équilibriste — ce soir, les minutes diront de quel côté penche la corde.