Genève, épicentre mondial de la diplomatie : nucléaire iranien et Ukraine sur la table
La Suisse accueille en ce moment la deuxième round des discussions nucléaires entre les États-Unis et l’Iran, médiées par Oman. Le ministre iranien Abbas Araghchi a annoncé mardi qu’un accord sur les « principes directeurs » avait été trouvé, faisant chuter le Brent de plus de 1 %. Les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner représentent la Maison-Blanche.
Mais le timing est tout sauf anodin. En parallèle des discussions, les Gardiens de la révolution ont lancé l’exercice « Smart Control of the Strait of Hormuz », combinant vedettes rapides, missiles côtiers, drones et guerre électronique. Des portions du détroit ont été temporairement fermées pour « précautions de sécurité » — un passage par lequel transite environ un baril de pétrole sur cinq échangé dans le monde.
Côté Ukraine, les États-Unis organisent également à Genève des pourparlers avec des émissaires russes et ukrainiens, à quelques jours du quatrième anniversaire de l’invasion russe. Trump a affirmé depuis Air Force One qu’il serait impliqué « indirectement » dans les deux processus.
Le signal est clair — Téhéran négocie d’une main et montre ses muscles de l’autre. Un accord cadre semble se dessiner (levée progressive des sanctions contre inspections renforcées de l’AIEA), mais la fermeture temporaire du détroit rappelle que le risque de disruption sur les marchés de l’énergie reste le scénario le plus redouté du trimestre.
SpaceX et xAI passent à l’offensive militaire : drones autonomes pilotés à la voix
SpaceX et sa filiale xAI (fusionnées début février) ont été sélectionnées pour le « Autonomous Vehicle Orchestrator Prize Challenge », un concours classifié de six mois piloté par la Defense Innovation Unit et la toute nouvelle Defense Autonomous Warfare Group (DAWG), rattachée au US Special Operations Command.
L’objectif technique est ambitieux : créer un logiciel « orchestrateur » capable de traduire des commandes vocales simples (« sécurise cette zone », « forme une ligne de défense à 2 km ») en manœuvres coordonnées d’essaims de drones air/mer/terre. L’idée est de permettre à des opérateurs non spécialistes de piloter des flottes entières en temps réel.
Le paradoxe ne manque pas de sel : en 2015, Musk avait cosigné une lettre ouverte réclamant l’interdiction des armes autonomes offensives. Aujourd’hui, ses entreprises sont en compétition directe avec Shield AI et Anduril — les deux pure players de la défense autonome — pour fournir le système nerveux central de l’armée de drones américaine. Le Pentagone vise 100 000 drones de combat opérationnels d’ici 2027.
Au cœur du projet, un « chef d’orchestre » logiciel qui transforme une phrase en anglais en un ballet de dizaines de drones autonomes. La convergence SpaceX (Starlink, lanceurs) + xAI (LLM Grok) crée un avantage unique : connectivité satellite + intelligence artificielle sous un même toit contractuel. Le gagnant de ce concours ne décrochera pas juste un prix — il deviendra le système nerveux de la supériorité militaire américaine.
Dassault Systèmes : une purge historique du logiciel européen
Le 11 février, Dassault Systèmes a vécu sa pire séance boursière depuis son introduction. L’action a plongé de 21 % en une seule journée après la publication de résultats T4 désastreux : chiffre d’affaires en baisse de 4 % à 1,68 Md€, croissance organique de seulement 1 %, et un EPS de 0,40 € en-dessous du consensus à 0,416 €.
Le vrai choc est venu des perspectives 2026 : une guidance de croissance à seulement 3-5 %, alors que le consensus tablait sur 5,9 %. JPMorgan a qualifié les résultats de « pires que ce que les plus pessimistes avaient imaginé ». AlphaValue a dégradé le titre de « acheter » à « réduire », évoquant une « perte de momentum inquiétante ».
La semaine suivante, Dassault a encore perdu 10 % lundi 16 février, sur un marché européen affaibli par les craintes IA. L’« exception Dassault Systèmes » — croissance durablement supérieure aux pairs — n’est plus. Le titre est devenu le symbole d’un software traditionnel que l’IA force à se réinventer dans l’urgence.
Ce n’est pas un accident isolé — c’est le « SaaS Apocalypse trade » en action. L’IA générative menace de rendre obsolètes les logiciels de modélisation traditionnels. Plus d’un trillion de dollars de capitalisation a été effacé sur les sociétés jugées vulnérables à la compression de marges induite par l’IA. Dassault doit prouver lors de son Capital Markets Day en novembre que l’IA industrielle est un levier de croissance, pas une menace existentielle.
Anthropic alerte sur le risque de faillite lié à la bulle IA
Dans un podcast de deux heures avec Dwarkesh Patel (le 13 février, lendemain de la levée de fonds de 30 Md$ valorisant Anthropic à 380 Md$), Dario Amodei a brisé l’omerta sur le risque systémique de l’industrie IA. Son raisonnement est glaçant de lucidité.
Le chiffre d’affaires d’Anthropic est passé de zéro à 100 M$ en 2023, 1 Md$ en 2024, 9-10 Md$ en 2025, et suit un rythme annualisé de 14 Md$ début 2026. Si cette croissance de 10x par an se maintient, engager des centaines de milliards en data centers serait logique. Mais si la croissance n’est « que » de 5x, ou si elle arrive un an plus tard que prévu, c’est la banqueroute.
Sans nommer de noms, Amodei critique ses rivaux qui « YOLO-ent » leurs investissements en faisant « des trucs parce que ça a l’air cool ». En face, Amazon prévoit 200 Md$ de capex cette année, Alphabet jusqu’à 185 Md$, Meta jusqu’à 135 Md$. Soit près de 700 Md$ combinés — un pari colossal sur des revenus encore hypothétiques.
Ce n’est plus la capacité de calcul qui manque, mais la capacité à aligner le calendrier des investissements avec celui des revenus. Un simple décalage d’un an pourrait transformer des data centers flambant neufs en actifs toxiques. Amodei compare au vaccin COVID : même une percée scientifique met 18 mois à générer des revenus. Le message implicite aux marchés : la correction sur les « purs perdants de l’IA » pourrait s’étendre aux « gagnants présumés » si les revenus tardent.
L’économie mondiale cherche son second souffle : zone euro, Fed et Cour suprême
Eurostat a confirmé lundi que la production industrielle de la zone euro a reculé de 1,4 % en décembre 2025 (après +0,3 % en novembre, lui-même révisé en baisse). C’est la contraction mensuelle la plus sévère depuis avril 2025, portée par la chute des biens d’équipement (−1,9 %). Sur l’année 2025, la production a tout de même progressé de 1,5 %, la première expansion annuelle depuis 2022.
Aux États-Unis, les regards se braquent sur la Cour suprême, dont la prochaine session d’opinions est fixée au 20 février. Le verdict tant attendu sur la légalité des droits de douane IEEPA de Trump pourrait tomber ce jour-là. Après des arguments oraux où la majorité des juges semblait sceptique, la question des 133 milliards de dollars déjà collectés en tarifs rend la décision explosive.
Si les tarifs IEEPA sont jugés illégaux, les importateurs américains seraient en droit de réclamer le remboursement de milliards en droits de douane et obligations associées. Près de 2 000 dossiers protecteurs ont déjà été déposés au Court of International Trade. L’administration Trump affirme avoir un plan B prêt avec d’autres bases juridiques, mais la fenêtre de flottement pourrait déclencher une vague de commandes importées.
La Cour suprême américaine est devenue un « banquier central caché » : en confirmant ou en démontant les droits de douane, elle peut soit alléger, soit amplifier les tensions inflationnistes et redessiner les routes du commerce mondial. Le verdict du 20 février pourrait être le catalyseur macro le plus puissant du premier semestre. Côté BCE, la persistance de la faiblesse industrielle renforce le scénario de baisses de taux au second semestre si l’inflation continue de refluer.
Ce 17 février dessine une carte du monde en tension maximale. Genève concentre les négociations les plus sensibles de la planète — nucléaire iranien et conflit ukrainien — pendant que le Pentagone accélère vers l’armée de drones autonomes. En bourse, Dassault Systèmes incarne la purge du software européen face à l’IA, tandis qu’Anthropic rappelle que même les « gagnants » de l’IA jouent à quitte ou double. Et c’est la Cour suprême américaine qui pourrait, dès le 20 février, redistribuer les cartes du commerce mondial.