Emploi américain : le trompe-l’œil qui change la donne pour la Fed
Les Non-Farm Payrolls de janvier ont pris le marché à contre-pied. Avec 130 000 créations de postes, le chiffre dépasse largement le consensus de 55 000 à 70 000 emplois attendus, et redresse nettement la barre après un mois de décembre anémique révisé à seulement +48 000. À première vue, le marché du travail américain affiche une résilience qui défie les prévisions les plus pessimistes.
Mais le diable se cache dans les détails. Les révisions annuelles du Bureau of Labor Statistics ont effacé près de 900 000 postes du total de mars 2025 — un ajustement massif qui remet en question la solidité réelle de l’emploi sur toute l’année écoulée. Le trompe-l’œil est là : un taux de chômage stable à 4,3% masque une réalité structurelle moins robuste que les gros titres ne le laissent croire.
La composition sectorielle confirme ce tableau contrasté. La santé, l’aide sociale et la construction portent l’essentiel des créations de postes, tandis que le gouvernement fédéral et le secteur financier détruisent des emplois. On est loin d’une reprise généralisée : l’économie américaine crée des postes, mais dans des poches bien précises, souvent liées à des dépenses publiques ou à la démographie.
Le CPI de janvier, mesure d’inflation clé pour la Fed. Les premières estimations tablent sur un headline autour de 2,3% en glissement annuel et un core CPI à 2,4%. Des chiffres suffisamment élevés pour conforter le scénario « higher for longer » qui domine désormais les anticipations de marché pour 2026. Toute surprise haussière repousserait encore les espoirs de baisse de taux.
Dassault Systèmes : la séance noire qui interroge tout le secteur
C’est la gifle boursière de la semaine, et peut-être de l’année sur le CAC 40. L’action DSY.PA a décroché de 20,8% en une seule séance mardi à Paris, sa pire performance quotidienne depuis son introduction en bourse dans les années 1990. Plus de 6 milliards d’euros de capitalisation se sont volatilisés en quelques heures, un signal d’alarme qui a fait trembler l’ensemble du secteur technologique européen.
Le déclencheur immédiat ? Un quatrième trimestre 2025 décevant sur tous les fronts. Le chiffre d’affaires s’établit à 1,68 milliard d’euros, en hausse de seulement 1% et nettement sous le consensus de 1,75 milliard. Le bénéfice par action publié ressort à 0,33 €, quand le marché tablait sur 0,42 €. Le BPA non-IFRS se stabilise à 0,40 €, confirmant une stagnation de la rentabilité opérationnelle.
Mais c’est surtout la guidance 2026 qui a provoqué le séisme. Dassault vise une croissance du chiffre d’affaires de 3 à 5% à taux de change constant, là où les analystes positionnaient le curseur entre 5,8% (consensus Visible Alpha) et 7%. L’expansion de marge opérationnelle est calibrée entre +40 et +80 points de base, et la croissance du BPA entre 3 et 6%. Des perspectives jugées trop prudentes pour un titre qui se payait cher sur la promesse de la transformation digitale industrielle.
Au-delà des chiffres trimestriels, c’est une question existentielle qui agite les analystes. L’IA générative pourrait accélérer la commoditisation des logiciels de modélisation 3D traditionnels — le cœur de métier historique de Dassault. La transition cloud, déjà en cours, ne suffit pas à rassurer un marché qui commence à pricer le risque de disruption technologique sur le modèle même de l’entreprise.
Meta lance un data center à 10 milliards de dollars : la course à l’infrastructure IA s’accélère
Mark Zuckerberg ne ralentit pas — il accélère. Meta vient d’annoncer la construction d’un data center massif à Lebanon, dans l’Indiana, son deuxième campus dans l’État. L’investissement dépasse les 10 milliards de dollars, faisant de ce projet l’un des plus ambitieux déploiements d’infrastructure de calcul jamais annoncés par une entreprise technologique.
Les chiffres donnent le vertige. La capacité électrique du site atteindra 1 gigawatt, l’équivalent de la consommation de 800 000 foyers américains. C’est l’énergie nécessaire pour alimenter les clusters de GPU qui entraîneront les prochaines générations de modèles d’IA maison de Meta — des modèles de plus en plus gourmands en puissance de calcul, dans un contexte de course technologique effrénée entre les géants de la Silicon Valley.
Le volet emploi est significatif : plus de 4 000 postes en phase de construction et environ 300 emplois permanents à terme pour l’exploitation du campus. Pour l’Indiana, c’est un signal économique fort qui illustre la redistribution géographique des investissements tech, désormais tirée par les besoins en foncier, en énergie et en incitations fiscales plutôt que par la proximité des pôles historiques de la côte ouest.
Sur le front environnemental, Meta s’engage à compenser 100% de la consommation du site via des contrats d’énergie renouvelable et vise une certification LEED Gold. Une promesse qui sera scrutée de près par les régulateurs et les investisseurs ESG, à l’heure où la consommation énergétique colossale de l’IA soulève des questions croissantes sur la soutenabilité de cette course aux armements computationnels.
Meta, Microsoft, Google, Amazon : les hyperscalers investissent désormais des dizaines de milliards par trimestre dans l’infrastructure IA. Ce mouvement profite directement à Nvidia, aux fournisseurs d’énergie et aux acteurs du refroidissement de data centers — un écosystème à surveiller pour tout investisseur positionné sur la thématique IA en 2026.
Guerre commerciale : Trump menace l’accord qu’il a lui-même signé
L’ironie ne manque pas. Donald Trump envisage désormais de quitter l’USMCA (United States-Mexico-Canada Agreement), l’accord commercial qu’il avait lui-même négocié et signé lors de son premier mandat pour remplacer l’ALENA. Entré en vigueur en 2020, cet accord est soumis à un mécanisme de révision en 2026 que Trump menace de laisser expirer pour revenir à des négociations bilatérales jugées plus favorables aux intérêts américains.
Les motivations sont multiples. L’administration vise un levier de pression renforcé sur le Canada et le Mexique, notamment sur l’agriculture, l’automobile et les règles d’origine — trois secteurs où Washington estime que les concessions actuelles sont insuffisantes. L’objectif assumé : refaçonner les flux commerciaux nord-américains au profit des exportateurs et producteurs américains, quitte à déstabiliser des chaînes d’approvisionnement intégrées depuis des décennies.
Parallèlement, la Chambre des Représentants, pourtant contrôlée par les Républicains, a voté un texte visant à mettre fin à l’état d’urgence utilisé pour justifier les droits de douane sur les importations canadiennes. Plusieurs élus républicains dissidents ont rejoint les Démocrates sur ce vote, signe d’un malaise croissant au sein même du parti sur la stratégie tarifaire du président.
Trump a immédiatement répliqué sur Truth Social en menaçant publiquement les élus républicains qui votent contre ses tarifs, promettant d’opposer son véto si le texte atteint son bureau. Un bras de fer politique en plus d’une guerre commerciale, qui pourrait peser sur le dollar et les marchés nord-américains si l’incertitude se prolonge.
Ukraine-Russie : Zelensky accepte un nouveau round, mais les lignes rouges restent
Volodymyr Zelensky a confirmé hier avoir accepté la proposition américaine d’un nouveau cycle de négociations, qui devrait se tenir la semaine prochaine — probablement à Miami, en Floride. Une avancée symbolique dans un processus diplomatique qui piétine depuis des mois, sous la pression d’une administration Trump déterminée à obtenir un accord avant la mi-année.
Le cadre des discussions repose sur un document de 20 à 28 points transmis par Kyiv à Washington, articulé autour des garanties de sécurité pour l’Ukraine, des retraits russes partiels et du statut des territoires occupés. La proposition la plus controversée émane de Washington : la création d’une « zone économique libre » dans certaines zones du Donbass actuellement sous contrôle ukrainien, dont l’Ukraine se retirerait, la Russie s’engageant en retour à ne pas y envoyer ses troupes.
Zelensky a tenu à clarifier sa position : cette idée de zone économique « n’est à l’ordre du jour ni pour les Ukrainiens, ni pour les Russes ». Il insiste que toute concession territoriale devrait être validée par un référendum ou des élections en Ukraine — un verrou démocratique qui complique considérablement les ambitions de calendrier de l’administration américaine.
Côté russe, les concessions discutées restent limitées : des retraits partiels de certaines zones des régions de Kharkiv et Sumy, voire de parties du Dnipropetrovsk, mais un maintien ferme des lignes actuelles sur la majeure partie de Zaporizhzhia et Kherson. Un compromis qui, en l’état, semble insuffisant pour satisfaire les deux parties.
Trump pousse pour un accord avant juin afin d’afficher un succès diplomatique rapide. Mais le fossé entre les positions reste immense, et chaque avancée médiatique masque des négociations de fond extrêmement complexes. Pour les marchés, un accord — même partiel — serait haussier pour l’énergie européenne et les actifs émergents. L’impasse, en revanche, maintiendrait la prime de risque géopolitique qui pèse sur le continent.
Le 12 février 2026 illustre un marché pris entre des forces contradictoires. L’emploi américain envoie des signaux brouillés qui figent la Fed en mode attente, pendant que Dassault Systèmes subit la plus violente sanction boursière de son histoire. Meta continue de parier des milliards sur l’IA, Trump menace de défaire ses propres accords commerciaux, et l’Ukraine tente de négocier sous pression américaine. La volatilité reste le maître-mot : dans ce contexte, le CPI de vendredi sera le prochain catalyseur décisif.