USA : La guerre des Stablecoins s’enlise à la Maison Blanche
Une réunion à huis clos organisée par la Maison Blanche entre l’industrie crypto et les banques traditionnelles s’est tenue le 2 février pendant plus de deux heures, et les banquiers n’ont pas bougé d’un pouce. Selon CoinDesk, les représentants bancaires sont arrivés avec un document de principes appelant à une interdiction totale du yield sur les stablecoins, refusant le compromis. Une nouvelle deadline a été fixée à fin février pour proposer un texte commun sur les rendements.
L’enjeu est colossal. D’un côté, Ripple, Coinbase ($COIN), Circle et a16z défendent le droit d’offrir des rendements sur les stablecoins — Coinbase propose déjà 3,50% sur l’USDC via Coinbase One. De l’autre, l’American Bankers Association, le Bank Policy Institute et 52 associations bancaires d’État exigent un blocage total, craignant que les épargnants ne vident leurs comptes de dépôt traditionnels pour du yield sur stablecoin. Leur document demande une interdiction de « toute forme de contrepartie financière ou non-financière » liée à la détention de stablecoins de paiement.
Le CLARITY Act (Digital Asset Market Clarity Act of 2025) — qui définit le cadre réglementaire de l’ensemble des actifs numériques aux États-Unis — a déjà été voté à la Chambre des Représentants mais reste bloqué au Senate Banking Committee. Le yield sur stablecoins est devenu le point de blocage central. La fracture existe aussi au sein de l’industrie crypto : Ripple pousse pour un passage rapide, même imparfait, tandis que Coinbase menace de retirer son soutien si les restrictions sur le yield sont trop sévères.
Le contexte politique complique encore les choses. Le Secrétaire au Trésor Scott Bessent a qualifié Coinbase d’« acteur récalcitrant » pour avoir freiné les négociations. Les Démocrates du Sénat exigent par ailleurs une clause interdisant l’implication personnelle des hauts responsables gouvernementaux dans les crypto — une pique directe aux intérêts crypto personnels de Trump. Et les auditions de confirmation de Kevin Warsh (choisi pour remplacer Powell à la Fed) pourraient reléguer le CLARITY Act au second plan.
Si le compromis échoue d’ici fin février, le CLARITY Act risque d’être repoussé après les midterms de novembre 2026, soit potentiellement des années de retard. Le volume annuel des transactions en stablecoins a atteint 33 000 milliards de dollars en 2025 (+72% YoY). Cet enjeu dépasse largement le yield : c’est le futur de la concurrence entre la finance traditionnelle et les infrastructures crypto qui se joue.
Bitcoin : Les Whales rachètent massivement — le bon timing ?
Après des semaines de vente intense, les plus gros portefeuilles Bitcoin ont opéré un virage spectaculaire. Les wallets détenant entre 1 000 et 10 000 BTC ont accumulé environ 53 000 BTC en une semaine, soit l’équivalent de 3,6 à 3,7 milliards de dollars aux cours actuels. C’est leur plus importante vague d’achats depuis novembre 2025, selon les données on-chain de Glassnode relayées par Bloomberg.
Ce mouvement intervient alors que le Bitcoin évolue autour de 67 500 $, en chute de 47% par rapport à son ATH de ~126 000 $ atteint en octobre 2025. Les whales sont devenues la principale source de demande nette sur la période, pendant que d’autres investisseurs réduisaient leur exposition. Les ETF Bitcoin spot ont enregistré 1,7 milliard de dollars de sorties nettes en une semaine, dont 1,65 Md$ concentrés aux États-Unis.
Le signal est toutefois plus nuancé qu’un simple « buy the dip ». Selon CryptoQuant, les adresses d’accumulation ont absorbé plus de 66 900 BTC le 6 février seul, lors du plongeon à 60 000 $. C’est la première fois depuis fin novembre que le Glassnode Accumulation Trend Score dépasse 0,5, atteignant 0,68 — seuil historiquement associé aux phases de retournement. Fait notable : un transfert distinct d’environ 5 000 BTC (~390–395 M$) depuis des portefeuilles de long terme vers Binance a été détecté début février, la plus grosse redistribution de BTC détenus depuis fin 2024.
Le BTC reste sous ses moyennes mobiles 50 et 200 jours, avec un death cross formé. Le RSI flirte avec la zone de survente. Support clé : 60 000 $. Si les whales maintiennent ce rythme d’accumulation, un « supply shock » pourrait pousser le cours vers la résistance des 75 000 $. À l’inverse, une rupture des 68 000 $ risque de déclencher une cascade de liquidations.
USA : Le « Super Bowl du Jobs Report » arrive mercredi
Wall Street retient son souffle avant le rapport sur l’emploi de janvier, prévu ce mercredi 12 février. Ce ne sera pas un rapport ordinaire : en plus des données mensuelles, il intègrera les révisions annuelles du « benchmark » qui pourraient réécrire l’histoire du marché du travail américain sur deux ans. Bank of America l’a surnommé « le Super Bowl des jobs reports ».
Les signaux d’alerte se multiplient. Le rapport ADP publié la semaine dernière n’a montré que 22 000 créations d’emplois privés en janvier, contre 45 000 attendu — et le chiffre aurait été négatif sans les 74 000 embauches dans le secteur éducation-santé. Mark Zandi de Moody’s Analytics n’exclut pas un chiffre proche de zéro : « Tout autour de zéro montre à quel point les choses sont fragiles. »
La Maison Blanche a d’ailleurs pris les devants pour tempérer les attentes. Kevin Hassett (NEC) et Peter Navarro ont invoqué la hausse de la productivité liée à l’IA et la baisse de la population active suite aux expulsions d’immigrants pour justifier des chiffres faibles. Mais les économistes ne sont pas convaincus : la perte de 72 000 emplois manufacturiers en 2025 et la stagnation de la consommation en décembre suggèrent des facteurs plus profonds.
Les présidentes régionales Lorie Logan (Dallas) et Beth Hammack (Cleveland) ont toutes deux affiché leur préférence pour la patience sur les taux, se disant davantage préoccupées par l’inflation que par le chômage. Le marché price actuellement deux baisses de taux en 2026, la première en juin. Un rapport désastreux pourrait accélérer le calendrier — mais la Fed semble déterminée à ne pas bouger.
Robinhood : Le crypto winter frappe les résultats Q4
L’action $HOOD plonge de 7,7% en after-hours après la publication de résultats mitigés pour le Q4 2025. Si le bénéfice par action (0,66 $) dépasse les attentes (0,63 $), les revenus de 1,28 Md$ déçoivent nettement face aux 1,34–1,35 Md$ espérés par le marché.
Le coupable est clairement identifié : les revenus crypto ont chuté de 38% sur un an à 221 millions de dollars, reflétant la correction de 50% du Bitcoin depuis son sommet d’octobre. Les volumes de trading crypto sur l’application Robinhood ont plongé de 52% à 34 milliards de dollars. Pire encore, les données de janvier 2026 montrent que les volumes crypto ont encore baissé de 57% sur un an à seulement 8,7 Mds$, laissant présager un Q1 difficile.
Sur l’année complète 2025, Robinhood affiche des records historiques : revenus de 4,5 Mds$ (+52%), bénéfice net de 1,9 Md$, et actifs de la plateforme à 324 Mds$ (+68%). Mais le marché regarde vers l’avant, et les signaux crypto sont sombres. Le rival $COIN (Coinbase), qui publiera jeudi, est attendu en baisse de 1,6% en sympathie. Les analystes tablent sur des volumes et revenus en recul similaires.
Robinhood est en train de pivoter vers un modèle de revenus récurrents : les revenus Gold (+70% YoY) et les intérêts nets (+39%) compensent en partie la faiblesse crypto. Vlad Tenev mise sur la « Financial SuperApp », avec 75% du support client déjà géré par l’IA. Mais tant que le crypto winter persiste, l’action restera sous pression.
L’IA fait plonger les valeurs financières : un nouveau secteur « victime »
Après les éditeurs de logiciels la semaine dernière (Thomson Reuters −20% en une semaine suite à un outil Anthropic), puis les courtiers en assurance lundi (Insurify + ChatGPT), c’est au tour du wealth management de subir la « contagion IA ». Le déclencheur : le lancement par Altruist Corp. de « Hazel », un outil d’IA capable de créer des stratégies fiscales personnalisées en quelques minutes.
Hazel lit et interprète les déclarations d’impôts (1040), fiches de paie, relevés de comptes, notes de réunion et emails des clients pour produire des plans fiscaux complets — un travail habituellement réalisé par des équipes entières de conseillers. Le PDG d’Altruist, Jason Wenk (ex-Morgan Stanley), a déclaré : « Cette architecture peut remplacer n’importe quel poste dans la gestion de patrimoine. Ces jobs seront faits par l’IA pour 100 $ par mois. »
Le pattern est désormais clair sur Wall Street : chaque lancement d’outil IA ciblant un secteur à forte valeur ajoutée déclenche une vente panique indiscriminée. « Chaque fois qu’un de ces titres sort, un nouveau secteur mord la poussière. Les traders vendent d’abord et posent les questions après », résume Dennis Dick de Stock Trader Network. Neil Sipes (Bloomberg Intelligence) tempère : les perspectives de profits continuent de s’améliorer, avec une croissance attendue de 19% pour les bénéfices du S&P 500 software & services en 2026.
La chronologie de la contagion IA de février 2026 est frappante : d’abord le software (Anthropic), puis l’assurance (Insurify), maintenant le wealth management (Altruist). Quel secteur sera le prochain ? Les marchés cherchent activement « la prochaine victime de l’IA ». Mais certains gérants comme Michael Mullaney de Boston Partners estiment que c’est une opportunité d’achat — les marges resteront solides même avec la disruption.
La journée du 11 février 2026 cristallise les tensions de fond du marché. D’un côté, les whales Bitcoin accumulent avec conviction dans un climat de peur extrême — un signal historiquement haussier, mais pas une garantie. De l’autre, Wall Street découvre chaque jour un nouveau secteur exposé à la disruption IA, vendant d’abord et analysant ensuite. Le rapport emploi de mercredi sera le juge de paix pour la politique monétaire, tandis que la guerre des stablecoins à Washington pourrait définir l’architecture financière de la prochaine décennie. Les prochaines 48 heures seront déterminantes.